Relais sacré – Le discours du Bourgmestre

relais sacré

« Mesdames et Messieurs,

La plupart d’entre nous n’ont jamais entendu le bruit d’un canon. Et c’est heureux.

Et nous n’avons jamais entendu, vous et moi, le crépitement des fusils et des mitraillettes qui tuent.

Et le silence qui s’ensuit.

Et nous n’avons jamais entendu, Mesdames et Messieurs, les bruits des bottes et les pleurs d’un enfant perdu dans la folie d’une rafle hurlante et furieuse.

Non, nous ne connaissons au final, de la guerre que des bouts de films dans des documentaires et que les souvenirs tout naturellement de plus en plus ténus de nos quelques anciens….

Pas facile dès lors de mesurer la grandeur du sacrifice ultime de ceux-là en la mémoire desquels nous sommes réunis ce matin.

Pas facile non plus d’imaginer, vous et moi, ce que serait notre vie aujourd’hui si l’histoire s’était écrite autrement ; si un terme n’avait pu être mis à cette immonde barbarie qui à l’époque, enflammait la terre entière.

Pourtant, cette question nous devrions sans cesse nous la poser. Sans cesse et certainement plus encore en ces moments particulièrement sensibles où une actualité de plus en plus oppressante devrait nous obliger à être vigilant.

A être vigilant … non pas vis-à-vis de ceux-là que certains populistes essayent d’affubler de tous les maux de la terre alors que la plupart d’entre eux errent sans doute tout simplement à la recherche d’un minimum de sécurité…     Comme nos parents l’ont d’ailleurs fait en mai 40…

Non.

Non, être vigilants vis-à-vis de nous-mêmes.

En effet, une lecture attentive des conversations actuelles sur les réseaux sociaux a de quoi nous effrayer ; lors  qu’on y assiste de plus en plus souvent à des dérives de langage de plus en plus nettes, et plus grave encore, à des dérives de langage de moins en moins masquées.

La nature humaine dans toute sa laideur.  Ni plus ni moins.

Pourtant l’histoire devrait nous enseigner à ne pas tomber dans ses travers qui emportent quelques fois des peuples entiers dans la spirale infernale de la haine de l’autre et ce, lorsque certaines conditions socio-économiques et/ou cultuelles sont malheureusement réunies.

Car nous sentons ces derniers temps que le danger est devenu peu à peu palpable, bien réel, de revoir un jour le monde, ou une partie du monde, basculer à nouveau dans une sauvagerie sans nom.

A moins de quelques heures de vol d’ici par exemple, des hommes sont sauvagement assassinés, des femmes sont violées et réduites à l’état d’esclave, des enfants quand ils ne sont pas eux-mêmes tués, sont enrôlés pour apprendre à tuer…

Eh oui, à peine à quelques heures de vol de chez nous…

Et même plus, …. à quelques kilomètres d’une plage touristique où certains d’entre nous vont passer leurs vacances, et où est venu s’échouer dernièrement, vous le savez, le corps sans vie d’un enfant de 4 ou 5 ans fuyant ce qu’il ne savait même pas être la guerre  …

De quoi vomir de tristesse.

Mesdames et Messieurs, par respect pour cet enfant de 4 ou 5 ans, et pour tous les autres, morts loin des caméras et dont nous n’avons pas vu les pauvres petits corps ballottés par les vagues, par respect pour eux, et par respect pour ceux dont les noms sont gravés dans la pierre de nos monuments aux morts pour avoir osé se lever, il y a maintenant bien longtemps pour dire non à la barbarie, nous devons je pense, nous aussi nous lever … pour dire non à la haine de l’autre que certains essayent de nous insuffler.

Une journée de recueillement comme celle que nous vivons ensemble chaque année à l’occasion du Relais Sacré devrait nous aider à regarder devant nous, avec force et détermination, remplis d’un idéal de fraternité.

J’ose espérer, mais je sais que ce n’est peut-être qu’un vœu pieux, que vous et moi, nous emportions de cette journée, de cette matinée, un petit quelque chose au fond de nous-même, un petit quelque chose qui nous rappellerait au quotidien que nous sommes sur terre tout simplement pour vivre ensemble dans le respect mutuel de nos différences.

Aristote disait que « l’espoir est un rêve éveillé ».

J’aimerais qu’ensemble, Mesdames et Messieurs, nous essayions de rêver   éveillés à un monde idéal.

Pour nos enfants et les enfants de nos enfants.

Ne les décevons pas. Ne leur préparons pas un avenir fait de haine et de peur.

Cela ne dépend que de nous.

Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, merci de m’avoir écouté. »     Vincent Massinon – Bourgmestre