Discours du Relais Sacré

Mesdames et Messieurs,

La 1ère guerre mondiale n’a pas débuté le 28 juin 1914 à Sarajevo.

Tout comme la seconde n’a pas débuté le 10 mai 40 par la rapide entrée des troupes allemandes dans notre pays, ni en janvier 1933 quand Hitler devint chancelier d’une Allemagne financièrement et économiquement à genoux.

Non, Mesdames et Messieurs, je pense qu’il est quasi impossible de fixer le point de départ d’une guerre. 

verdun-visions-d-histoire-1928-01-gCe serait par exemple, donner beaucoup trop de poids à l’acte isolé d’un simple étudiant serbe que de le rendre responsable des 18 millions de morts de la Grande Guerre.

Une guerre est en effet, nous le savons, ou du moins nous devrions tous nous en souvenir,  le résultat d’une foultitude de conjonctions de faits et gestes bien antérieurs aux premiers coups de canon.

Des faits et gestes, nous pouvons en être sûrs, savamment orchestrés par certains et donc,  certainement ni anodins ni aléatoires…

En fait, une guerre est le résultat de mois et de mois, que dis-je, d’années d’informations contradictoires, de désinformation, de populisme, de slogans et de discours primaires chaque jour subtilement un peu plus haineux, un peu plus manichéens…

Toute une technique de manipulation des masses visant à amener des populations entières à se comporter de manière délibérée, dans un sens décidé par quelques-uns…

Des populations se comportant en fait tel un troupeau de moutons qui se dirige docilement vers un abattoir et, surtout, et c’est cela le plus important et le plus grave, un troupeau qui à un moment donné, … se rend compte qu’il ne peut plus faire marche arrière…

Mesdames et Messieurs, faire acte de mémoire, être là aujourd’hui, particulièrement avec nos enfants, c’est en fait une manière de peut-être ne pas devenir un jour des moutons qui avancent pas à pas, … ensemble… vers leur perte … sans ne plus pouvoir faire marche arrière !!

C’est en effet, par l’éducation, par l’analyse contradictoire et objective des erreurs du passé, par l’apprentissage dès le plus jeune âge de la gestion des conflits, que nous pouvons, je pense, espérer préserver nos enfants et nos petits-enfants d’une énième  future innommable boucherie.

Cette éducation à l’analyse contradictoire est à mon avis, de plus en plus indispensable ; lors que les réseaux sociaux permettent aujourd’hui une désinformation d’une ampleur sans nulle autre pareille.

En effet, dans l’histoire des peuples, sans doute n’avons-nous jamais été aussi vulnérables qu’aujourd’hui à la désinformation.

Twitter, Facebook,… inonde sans cesse nos écrans d’articles et de photos dont il devient pratiquement impossible d’en peser la pertinence ou la véracité, tant il nous en arrive de partout.

Cette photo de miliciens molestant violemment  des civils a-t-elle été prise à Alep ? ou à Mossoul ? ou ailleurs dans le monde? A-t-elle été prise hier ? ou l’année dernière ?  Ces miliciens sont-ils chiites, sunnites, des rebelles syriens, des Kurdes ou des soldats du régime de Bachar El-Assad ? Bien malin est celui qui peut le dire…

Et plus grave encore, les médias que je qualifierais de sérieux, nos journaux et télévisions d’envergure nationale, pris dans l’engrenage de cette concurrence à l’information la plus rapide, se retrouvent eux-mêmes obligés de publier sur leur site internet, sans cesse, et dans la seconde, des infos absolument non confirmées.

Faites-en l’expérience : analysez comment les informations autour d’un événement bien précis, quel qu’il soit, évoluent rapidement, de minute en minute, des fois quasi du tout au tout, sur le même site internet d’un de ces médias nationaux.

C’est absolument édifiant… et éloquent …

Il semble en effet qu’informer est devenu de nos jours un jeu où tout est permis vu la volatilité de l’information.

Mesdames et Messieurs, nous devons absolument être attentifs à ne pas être des buvards d’information, à ne pas être des moutons.

anatole-franceAnatole France écrivait « Il suffit d’un souffle de haine pour commencer une guerre »

Faisons dès lors attention à ne pas aboyer de manière irréfléchie avec la meute tel que nous le suggèrent tant de messages sur le Net…

C’est notre démocratie qui est en jeu, cette démocratie garant de nos libertés, garant de la paix dans laquelle nous aspirons tous à voir grandir nos enfants et les enfants de nos enfants …

Régulièrement, et de plus en plus souvent même, nous assistons à des attaques en règle de la politique et des politiciens.  Oui, sur les réseaux sociaux, les mots « politique » et « politiciens » sont quasi devenus des termes péjoratifs, à la limite de l’insulte.  Or, la politique et les politiciens représentent la démocratie… cette démocratie qui organise et régit notre vie en communauté et qui est dès lors, le plus certain des garants des libertés des uns et des autres…

C’est d’ailleurs pour défendre cette démocratie que ceux dont nous honorons la mémoire ce matin, ont donné leur vie.

Mesdames et Messieurs, faisons honneur en leur sacrifice.

Pas seulement ce matin le temps d’un appel aux morts et d’une Brabançonne drapeaux au vent devant le monument aux morts de chacun des villages de notre commune et de nos deux communes voisines.

Non, faisons honneur à ceux dont les noms sont écrit dans la pierre froide de ces monuments, chaque jour, en prônant sans cesse la paix et la sagesse plutôt qu’en propageant la haine et le mépris.

Mesdames et Messieurs, levons-nous chaque matin avec en tête la volonté d’être des passeurs de mémoire … et de paix.

Pour prouver et montrer à nos enfants  que vivre en paix est possible … certes pas facile, mais possible.

Cela ne dépend que de nous.

Vincent Massinon. Bourgmestre, le 6 novembre 2016