Relais Sacré: discours du bourgmestre

colombe de la paixMesdames et Messieurs,

Pourquoi ? Pourquoi depuis la nuit des temps, depuis que le monde est monde, pourquoi toutes ces guerres, pourquoi tous ces morts fussent-ils civils ou militaires, hommes, femmes ou enfants ?
Pourquoi, Mesdames et Messieurs, depuis aussi longtemps que l’on s’en souvienne, l’histoire des hommes est-elle ainsi ponctuée de massacres, de tueries plus sauvages et cruelles les unes que les autres ?
Oui, Mesdames et Messieurs, pourquoi ces guerres qui transforment en ennemis implacables des hommes vivant de part et d’autre d’une simple séparation imaginaire ; séparation imaginaire appelée indifféremment frontière ou rideau de fer ou encore mur de la honte.
D’aucuns expliqueront ces conflits sous l’angle économique, d’autres pointeront des raisons historiques, ou géopolitiques ou encore religieuses.
Le problème est complexe et la réponse l’est bien évidemment tout autant ; certainement pas blanche ou noire, absolument pas manichéenne.
Mais la raison première est à mon sens principalement à chercher dans l’homme lui-même, dans les fondements premiers de la nature humaine.
Dans cette nature humaine capable de si grandes et belles choses ; mais malheureusement capables aussi de si grandes déraisons.
Eh oui, cette faculté que nous avons tous, peu ou prou, à nous enflammer de manière égoïste à la moindre contrariété, au moindre désaccord, est sans nul doute la source première de tous les maux de la terre.
Car cette prédisposition au conflit qui caractérise la nature humaine, ramenée à l’échelle d’un pays entier et savamment utilisée par d’habiles meneurs d’hommes, cette prédisposition négative de notre nature humaine, permet à ceux-là, machiavéliques manipulateurs de conscience, de mettre en route des nations entières vers des extrémités telles que celles que nous commémorons en cette matinée du Relais Sacré.
Plus particulièrement cette année, vous le savez, nous commémorons le centenaire du début de celle qui devait être la « Der des der »
La « Der des der » !! Une expression aussi risible qu’indécente sans doute inventée dans le cerveau tordu d’un de ces manipulateurs de conscience dont je parlais il y a quelques instants.
La « Der des der ». Un prétexte pour une boucherie innommable dont chacun connaît maintenant un peu mieux les détails grâce aux nombreuses expositions, conférences et émissions qui nous ont été proposées tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale.
Une boucherie innommable qui de plus, nous le savons maintenant et ils le savaient croyez m’en à l’époque en l’initiant, n’aura pas été la « Der des der ».
Car quelques 30 années après, c’était reparti. Le monde entier se ré-enflammait.
Il est clair que ce matin, nous ne trouverons pas la solution miracle à tous les maux de la terre. Ce serait trop facile.
Nous sommes plutôt ici pour réfléchir à tous ces conflits, passés, actuels et malheureusement à venir.
Nous sommes ici rassemblés devant le monument à nos morts pour réactiver en chacun de nous ce processus d’introspection qui devrait nous aider à nous contenir au quotidien et que nous devrions relancer à chaque fois que nous sentons vaciller le monde autour de nous.
Mais bien évidemment, nous sommes également ici pour nous recueillir plus particulièrement en la mémoire des victimes de nos villages.
Les victimes civiles et militaires des deux derniers conflits mondiaux, mais aussi, bien que le temps les a purement effacés de notre mémoire collective, les victimes des autres conflits qui ont traversé et enflammé nos villages au cours des siècles passés…
En leur mémoire, en la mémoire de leurs années de vie perdue, en la mémoire de ces matins qu’ils n’auront pas connus, offrons-leur une journée de notre vie à essayer de nous contenir, offrons-leur une journée de paix intérieure.
Vous en conviendrez, ma prière n’est pas démesurée.
Oui, vraiment Mesdames et Messieurs, offrons-leur une journée de paix pour que peut-être, de là-haut, ils se disent que leur sacrifice n’aura pas été vain.
Merci pour eux.