Germaine Poncelet a eu 100 ans le 23 novembre

Discours du Bourgmestre lors de la réception donnée à Gedinne le 23/11/2010 en l’honneur de Germaine Poncelet

Ce soir, Germaine, Madame la Centenaire devrais-je dire, beaucoup de vos amis et de vos parents sont ici pour vous fêter comme il se doit.

Fêter une Centenaire, ce n’est évidemment pas courant. 

Comment faire, que faire, comment s’y prendre pour vous fêter dignement mais sans vous troubler plus que nécessaire…

Au final, nous avons décidé de vous offrir cette fête, ici dans la salle de votre arrière-petit neveu, une fête que nous espérons conviviale, au son des musiques de votre jeunesse.

Nous associerons à cette fête tous les habitants du « Grand Gedinne » en leur offrant ce joli carton-souvenir sur lequel a été imprimé entre autre, un poème écrit exprès pour vous par une habitante de votre village de naissance, Mme de Vroylande. 

Et nous avons décidé de vous offrir également un arbre qui avant d’être planté en votre honneur dans le Parc de l’Office du Tourisme, sera béni ce prochain dimanche dans l’église de Gedinne, à deux pas de votre maison, et ce par votre ami Monsieur le Doyen. 

La fête de ce soir, ces cartons-souvenir, cet arbre planté en plein centre de Gedinne, ce sera en quelque sorte le cadeau des Gedinnois à sa Centenaire, à vous Germaine.

J’espère qu’il vous plaira et que vous en garderez un agréable souvenir.

Mais je sais que ce cadeau n’est rien à côté du fabuleux trésor que vous possédez au plus profond de vous, un merveilleux trésor fait de mille et un souvenirs glanés au fil des saisons de vos cent ans.

Cent ans, Germaine…

Cent fois sentir votre jardin se réveiller sous la chaleur tiède des premiers rayons d’un soleil printanier…

Cent ans, Germaine…

Cent fois entendre la Houille rugir sous les ponts de Gedinne, petite rivière tranquille soudain gorgée d’eaux noires déboulant sans retenue des flancs de la Croix-Scaille…

Cent ans, Germaine…

Cent fois voir notre belle forêt ardennaise exploser en mille couleurs avant que de se couvrir de blanc…

      

Ces derniers jours, Germaine, j’ai souvent fermé les yeux pour essayer d’imaginer votre vie, vous qui avez vécu une partie de celle-ci « au bon vieux-temps »…

Et pour m’aider, avant que de fermer les yeux, j’ai regardé les photos que votre fille Andrée avait fait déposer sur mon bureau.

Chacune d’elles racontait une période de votre vie, et je me suis rempli les yeux de chaque détail de ces photos.

    

Et puis, j’ai essayé de vous imaginer ; vous imaginer petite fille courant vers l’école de Malvoisin.  L’école des filles, sans doute.  Etiez-vous habillée comme ces petites filles que l’on voit sur les anciennes cartes postales : tablier sombre et brodequins de cuir ? Et les jours de fête, votre maman vous envoyait-elle à la messe toute de blanc vêtue?  C’était l’époque où le vicinal commençait à descendre les voyageurs de la gare de Gedinne vers la vallée de la Semois.

    

J’ai essayé de vous imaginer quinze-vingt ans plus tard, vous et Jean, à Malvoisin puis à Sart-Custinne: accordailles, fiancailles, épousailles… La Belgique venait d’avoir cent ans et vous étiez sans doute plein d’étoiles dans vos têtes et les yeux tout pétillant de bonheur…heureux, heureux malgré le travail ardu de la terre…

Ces yeux pétillants que me semble-t-il, vous avez gardés…
Et qui me font penser que vous n’avez pas cent ans, Germaine, mais plutôt cinq fois vingt ans…

J’ai essayé également de vous imaginer, attendant anxieuse et courageuse, pendant une longue année le retour de votre Jean, prisonnier en Allemagne et puis, moins ancien, accueillant vos clients derrière le comptoir de votre boucherie…

    

J’ai essayé d’imaginer tout cela Germaine.  J’ai essayé d’imaginer votre histoire, en fait l’histoire de notre région, de notre Commune…
Notre histoire à nous tous…

Et cette histoire, Germaine, elle s’est écrite pendant qu’une autre histoire s’écrivait: l’histoire que l’on retrouve dans les manuels scolaires…

Albert Ier, Léopold III, Baudouin Ier, Albert II, vous les avez tous connus à la tête de votre pays, Germaine.  Et encore, Léopold II, vous ne l’avez raté que d’une petite année !

Pie X, Benoît XV, Pie XI et Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier puis Jean-Paul II et depuis quelques années Benoît XVI : à ce jour, pas moins de neuf papes ont guidé vos prières…

La Grande Guerre puis la Seconde, vous les avez endurées, Germaine… Celles de Corée, du Vietnam, de Youslavie, d’Irak, vous les avez ensuite suivies d’abord dans les journaux, puis à la radio, puis à la télévision.  Sans doute, à chaque fois, vous êtes-vous dit : sont-ils à nouveau devenu fous ?

Aujourd’hui, blasés de tout, nous ne regardons même plus une fusée qui s’envole.  Tandis que vous, au fil des ans, vous vous êtes enthousiasmée à la lecture des exploits des Blériot, Lindberg et autre Gagarine…

     

Vos cent ans Germaine, ce sont donc mille et un souvenirs d’une histoire folle, d’une histoire que l’on dit de plus en plus folle d’ailleurs…l’histoire des hommes…

Fabuleux trésor que vous possédez là..

Maintenant, avant que tous ensemble nous vous souhaitions en musique un bon anniversaire à vous Germaine mais aussi à votre fille Andrée, qui fêtera demain ces 77 ans, permettez-moi de passer la parole à Madame Christine de Vroylande qui va vous lire le poème qu’elle a écrit pour vous…

Les lacets de Germaine

Les feuilles chutent,
Une fillette naît.
La mère barde
Un cochon de lait.
La Houille chante
Le cri du geai.

Les bottines se faufilent
De Malvoisin à Sart-Custinne,
Lacet de vie,
Des amours enfantines,
Chagrin d’adolescente, ce cri :
Maman !

Les abeilles butinent,
Le lacet se noue
A Malvoisin, les cloches sonnent
Au cœur de Germaine et Jean.
La fête des genêts à Gedinne
Bat son plein.

Chocs et heurts,
Par deux fois, Jean,
Absent.
Dans une guerre de malheurs
A l’abri du volet de la boucherie,
Germaine tend ses bras,
Andrée s’y réfugie.

L’après-guerre rassérène.
Un lacet se détend,
En 1978, Jean.
Le double-nœud délie
Andrée en 1999.
La cloche volée égrène
Son bourdon.

Germaine et Andrée
Cheminent
Visage contre visage.
La vie
Trace leurs pas.
Germaine fête cent ans
Dans l’or des feuilles,
Orgueil des forêts
De Gedinne.

Christine du Bois de Vroylande – Malvoisin – Novembre 2010