Les vœux du Bourgmestre – « Je vous souhaite des passions ; je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns» (Brel)

popeye« Mesdames  et Messieurs,

Les épinards sont réputés pour leur teneur en fer et les parents se sont longtemps évertués à en faire manger à leurs enfants en s’appuyant sur Popeye qui tirait sa force de ces fameux légumes verts. Or la teneur en fer des épinards est loin d’être exceptionnelle. Eh oui, selon les dernières données scientifiques, 100 grammes d’épinards frais contiennent à peine 3 milligrammes de fer. Ce n’est pas trop mal mais nettement moins bien que les lentilles, les œufs, les fruits de mer ou surtout que la viande.

Alors d’où vient cette idée reçue?  Il semblerait que l’origine de cette légende incombe à un nutritionniste allemand, M. von Wolf qui évaluait en 1870 la composition nutritionnelle des aliments. Au lieu d’écrire que les épinards contenaient 2,7 mg de fer pour 100 g, il a écrit 27 mg de fer pour 100 g.  Dix fois de trop !

Quelques années plus tard, un chercheur, Gustav von Bunge, en remit une couche en attribuant erronément le taux de fer dans les épinards séchés à celui dans les épinards frais.

La vérité sur la teneur en fer des épinards fut une première fois rétablie en 1937 par d’autres chimistes allemands puis en 1981 via un article d’un certain M. Hamblin qui fit part de cette « supercherie » dans le j’imagine très sérieux « British Medical Journal ».

Mais en vain, la légende était déjà bien en route, relayée notamment par Popeye, et malgré ce démenti scientifique officiel, le mythe de l’épinard comme le légume riche en fer par excellence est encore vivace aujourd’hui.

Mesdames et messieurs, vous vous demandez sans doute pourquoi ce soir, je vous parle d’épinards …

En fait, c’est en relisant cette histoire scientifique tout-à-fait véridique, que je me suis posé la question de savoir s’il était important ou non de rectifier des erreurs circulant sur la toile, sur le net… Que je me suis à nouveau posé la question de savoir si oui ou non, il fallait faire comme si de rien n’était devant des erreurs manifestes, et cela que ces erreurs manifestes soient volontaires ou non.

Par exemple, et cela peut vous sembler futile ou peu important, mais pour moi cela ne l’est pas, faut-il ou non rectifier l’assertion de certains selon laquelle nous aurions sabordé notre ADL, notre agence de développement local?  Car si  2015 aura effectivement vu la fin de notre ADL Gedinne-Beauraing, affirmer sur un site internet un tel sabordage communal relève de la pure désinformation.  Désinformation qui plus est, fort peu sympathique pour ceux, dont votre serviteur, qui auront essayé pendant plus d’une demi-douzaine d’années, souvent seul, de porter et de défendre cette ADL entre autre devant une commission wallonne d’évaluation peu, pour ne pas dire absolument pas, au courant de nos réalités rurales.  Et donc,  il est clair pour ceux qui ont suivi l’aventure avortée de notre ADL, que c’est le SPW qui a tout simplement renoncé à suivre et à subsidier notre ADL.  Et donc si sabordage il y a eu, ce n’est pas en bord de Houille qu’il se passa… mais bien en bord de Meuse.

De la même manière, puis-je, en ma qualité de représentant de notre commune, laisser passer des contre-vérités (pour la petite histoire sortant du même site internet) selon lesquelles par exemple rien de concret n’aurait été fait à ce jour au niveau de la création de la régie communale autonome qui sera bientôt amenée à gérer nos installations sportives communales (halls des sports, bassin didactique) tout en nous faisant économiser la TVA sur les investissements réalisés au niveau de ces mêmes installations sportives?  Alors que depuis un an, un bureau d’études spécialisé travaille avec notre administration sur ce dossier technique très difficile sur base d’un cahier des charges de services voté il est vrai au niveau du collège et non en séance publique du conseil communal.

Et voilà donc deux petits exemples « locaux », parmi d’autres malheureusement, de ce que j’appelle de la désinformation. Dans le premier cas, clairement une erreur d’appréciation par manque de connaissance du dossier et pour le deuxième, j’aurais gentiment tendance à dire « quand on ne sait pas, on n’invente pas, on se renseigne et on pose des questions »…

Evidemment tout cela peut sembler bien futile, puérile par rapport à l’actualité de ces derniers mois.

Mais cependant, si vous y faites bien attention, le même processus de désinformation pollue de manière de plus en plus visible les réseaux sociaux. Et j’ose dire, de manière de plus en plus dangereuse.  Nous sommes souvent en plein populisme.  En pleine désinformation qui fait que nous ne savons plus où se trouve la réalité.

Par exemple, des photos de civils, d’enfants massacrés sont régulièrement publiées sur le net et la responsabilité de ces atrocités est attribuée à telle ou telle armée dans tel ou tel conflit.  Ce qui nous conduit à être tout naturellement horrifiés et à condamner le gouvernement fautif qui nous est montré du doigt.  Mais bien souvent, quelques jours après, d’autres sites, mais sont-ils plus crédibles pour autant, démontent cette information en expliquant que soit ces photos sont des supercheries (un peu comme les photos des morts dans les hôpitaux, rappelez-vous, lors de la révolution en Roumanie en 1989 ), ou alors que ces photos ne proviennent pas du conflit en question mais d’un autre… ou encore que ces photos datent de plusieurs années.

C’est réellement à s’y perdre.

De même, on nous demande il y a un an, quasi jour pour jour, d’être les 11 morts de Charlie Hebdo mais on avait « oublié » de nous demander d’être les 48 étudiants tués par Boko Haram dans un dortoir au Nigéria quelques mois avant.  On nous a fait changer notre photo de profil FB aux couleurs de la France il y a quelques semaines mais on avait oublié de nous demander de la changer aux couleurs de la centaine de  jeunes pacifistes fauchés par une bombe en octobre à Ankara.

Pourtant dans tous les cas, il y avait de quoi être révoltés.

Oui, vraiment, c’est à s’y perdre.
 
Et perdus que nous sommes alors, si nous n’y prenons garde, nous risquons d’être guidés, téléguidés par certains, vers des chemins quelque fois fort peu fréquentables.

Je pense dès lors que nous nous devons d’être sans cesse attentifs et critiques vis-à-vis de cette information que j’appellerais non professionnelle qui circule sur les réseaux sociaux ; ces réseaux sociaux qui permettent aujourd’hui à tout un chacun de se la jouer « journaliste à sensation » sans le contrôle nécessaire qui existe heureusement dans les médias professionnels.

Et que, battons notre coulpe, nous nous devons d’être attentifs à ce que nous écrivons, nous, au quotidien, à ce que nous publions et commentons sur ces mêmes réseaux sociaux. Soyons-en conscients, le risque de dérapage est présent à chaque touche « enter » que nous enfonçons.

Nos parents nous apprenaient à tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler.  Je pense que nous devrions apprendre aujourd’hui à tourner sept fois le doigt en l’air avant de taper « enter » sur notre clavier…

Vu l’omniprésence de ces réseaux sociaux dans la vie de tout un chacun et des risques qui en découlent, notre école communale s’est lancée depuis quelques temps dans un ambitieux travail de formation et d’information à l’attention de nos petites têtes blondes.  Entre autre avec l’aide de Child Focus. Et cette problématique sera d’ailleurs aussi un des thèmes principaux du premier numéro du futur BIC Kids Ados, qui je l’espère, sera un outil de prévention efficace à l’attention de notre jeunesse.  Encore quelques semaines à attendre et ce premier numéro sortira des presses provinciales, la Province de Namur ayant en effet décidé de nous suivre dans cette aventure journalistique originale.

Une aventure originale de plus aurais-je tendance à dire.

Eh oui, de plus en plus souvent, il me semble que l’originalité devient en quelque sorte la « marque de fabrique «  de notre commune.

Une originalité qui, me semble-t-il aussi, a conduit ces derniers temps, notre commune à changer, à se démarquer positivement de ses voisines et à montrer ainsi un autre visage aux visiteurs et à ses habitants.

Un visage sans aucun doute plus convivial et plus ouvert, plus adapté à un certain mode de vie et de déplacements, adapté entre autre aux PMR, notre commune comptant de nombreux aménagements à leur attention (cheminements, ascenseurs), un visage axé aussi de manière structurée vers le sport, vers la culture, vers le social, vers la nature…

Une commune qui va par ailleurs encore changer dans les mois à venir.  Les projets sont nombreux.  Certains sont encore dans les cartons, à l’état d’ébauches, se mettant peu à peu en place, d’autres sont prêts à sortir de terre comme par exemple le bassin didactique dont les travaux de construction vont débuter dans les toutes prochaines semaines. 

Et au nombre des dossiers qui sont dans les cartons, ou plutôt en partie dans les cartons et en partie en cours de réalisation, je citerais par exemple le gros et très important dossier de réaffectation de l’ex-Lycée d’état. Eh oui, après avoir pleinement et rapidement réussi la réaffectation de l’ensemble des bâtiments de l’ex-INDG, au grand bonheur de la Fourmilière doit-on le rappeler, nous allons commencer à entrer dans le vif du sujet quant à la reconversion du site de l’ex-Lycée d’Etat. 

Un dossier, pour ceux qui, et c’est bien normal, ne le connaisse pas, est administrativement et techniquement compliqué vu que dépendant tant du dossier lancé il y a plus d’un an avec la société de logements Ardenne et Lesse pour la création de trois logements sociaux à l’étage de l’aile gauche du bâtiment (à ce stade, les plans de ces logements et les cahiers des charges sont en cours de rédaction au niveau d’Ardenne et Lesse qui en est l’auteur de projet), que dépendant également du projet de l’école fondamentale de la Communauté Française de création d’une nouvelle cour de récréation, ce qui libérerait complétement le grand parking.  Et entrant aussi à ce stade dans la réflexion sur le futur de ce chancre en devenir, il y a l’appel du pied que nous avons lancé dernièrement aux instances provinciales lors de nos réunions trimestrielles avec le département « Développement économique » du BEP, pour la décentralisation à Gedinne de formations à l’attention par exemple des PTP et/ou des aides ménagères de notre région… et également dans la réflexion globale, il y a cette idée du déménagement éventuel, je dis bien à ce stade « éventuel », des bureaux de la Maison de l’Emploi et de ceux de l’ALE, ce qui permettrait de libérer de l’espace d’une part pour la création par exemple d’une classe numérique à l’école communale et d’autre part pour l’aménagement d’une ou plusieurs pièces de rendez-vous pour le CPAS. Les décisions ne sont pas encore toutes prises mais les grandes lignes directrices commencent peu à peu à s’organiser, à se mettre en place.

Le tout, et c’est cela le plus important, dans l’objectif d’une reconversion plurielle et surtout originale du site.

Eh oui, à nouveau, j’emploie volontairement l’adjectif « original »…

Sans aucun doute, chaque bourgmestre trouve sa commune belle, particulière, vivante, intéressante… Mais personnellement, ce que j’aime beaucoup dans notre commune, de plus en plus même, vraiment, c’est son originalité.

Son originalité dans une foule de domaines… Comme par exemple dans ces dons de sang encouragés par des « Chèques Commerces Locaux », idem dans les primes naissances données sous la forme de ces mêmes chèques, comme dans la Maison Communautaire et le Bus du Bonheur, comme dans les formations BEPS dispensées par la Croix-Rouge mais payées par la Commune, comme dans le petit livre illustré de l’an passé sur la guerre 14-18, comme dans nos Classes Vertes aux Arpents Verts, comme dans ces séances de lectures organisées dans les locaux de la Maison Languillier, etc.

Tout comme sont originales également et bien sympathiques les nombreuses initiatives citoyennes que l’on voit se développer dans notre commune telles que Gedisel, le « Repair Café » et les « Incroyables Comestibles » pour ne citer qu’elles… mais aussi les multiples initiatives culturelles, sportives ou festives émanant des associations de notre commune. 

Une originalité qui se retrouve également dans notre salle de cinéma locale ; le Cinégedinne où pas plus tard qu’hier d’ailleurs, je suis allé voir le film « Demain », un film-documentaire que je vous invite à aller voir, tous, car présentant lui aussi une foule de solutions originales, et positives surtout, aux défis futurs de notre société ; solutions qui, vous le découvrirez, se retrouvent déjà pour certaines, et j’en suis fier, dans notre belle et dynamique commune…
 
Et donc, si j’avais un souhait à émettre ce soir, outre celui de vous souhaiter bien sûr, une très belle année 2016 à vous toutes et tous, en vos grades et qualités, et à vos familles respectives, le souhait que j’émettrais ce soir, c’est qu’ensemble nous cultivions cette originalité.  Que nous l’amplifions encore ensemble.

Car c’est à mon sens, dans cette originalité, en sortant des sentiers battus, que nos petites communes rurales continueront à exister loin des diktats de tous ces niveaux de pouvoirs qui veulent brider chaque jour un  peu plus notre liberté d’action au niveau communal.

Oui, vraiment, je souhaite qu’à tout moment, vous continuiez à mélanger originalité et enthousiasme dans votre travail au service de votre commune, que ce travail se fasse en coulisse ou sur le devant de la scène…

Comme Jacques Brel le disait, « Je vous souhaite des passions ; je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns».

Et pour ma part, je m’engage à vous donner tous les moyens d’y parvenir…

Voilà ce que je voulais vous dire ce soir. Merci de m’avoir écouté. » 

Vincent Massinon  – Vendredi 8 janvier 2016